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La baisse des prix du pétrole, une bonne ou mauvaise nouvelle pour les économies mondiales?

C’était du jamais-vu en six ans. Lundi 24 août, les prix du pétrole ont plongé dans le sillage des Bourses chinoises : 42 dollars le baril en séance à Londres (brent), 38 dollars à New York (WTI). Mardi, le 2 Septembre, le prix du baril de WTI (West Texas Intermediate) a baissé de 10% à la clôture de la bourse de New York, atteignant 44,25 dollars. .

Si l’or noir s’est ressaisi un peu ces derniers jours, le repli sur un an reste spectaculaire. Une dégringolade de l’ordre de 60 % qui ravit les pays importateurs d’hydrocarbures et leurs ménages, beaucoup moins les compagnies exploitantes et les grandes nations productrices. Ces dernières sont pourtant les premières responsables de ce « contre-choc pétrolier ».

  • Selon les experts cette tension vers le bas des marchés pétroliers est provoquée par la situation en Chine.
L’effondrement des cours mondiaux des grandes matières premières industrielles n’a rien d’étonnant, si la croissance de la Chine (premier attracteur d’investissements et premier exportateur de la planète) a été largement exagérée. Devenue l’atelier du monde, l’économie chinoise absorbe des proportions ahurissantes des productions mondiales de matières premières : 54 % de l’aluminium, 50 % du nickel, 48 % du cuivre, 45 % de l’acier, 50 % du charbon, 12 % du pétrole. (Au passage, la récente bonne surprise du ralentissement des émissions de CO2 chinoise pourrait ne plus être tellement étonnante ; elle doit sans doute beaucoup à un coup de frein sur le charbon et pas grand-chose, contrairement à ce que certains voulaient croire, au développement des énergies renouvelables.)

L'important ralentissement d’une croissance économique chinoise surévaluée à toutes les chances de dévoiler de lourdes implications sur l’état réel de la conjoncture économique planétaire, et en particulier sur l’état de la demande et des revenus dans les pays riches, s’inquiète aujourd'hui (entre autres) l’agence Moody’s.
  • Le deuxième facteur qui influence le prix du pétrole les stocks américains de pétrole vu que les États-Unis sont les nouveaux rois du pétrole devant l’Arabie saoudite.

En avril dernier, ils atteignaient 490 millions de barils. Selon les experts de Citigroup, principale entreprise financière à New York, les stocks pourraient augmenter jusqu’à 500.000 de barils d’ici la fin de l’année.

« Ce qui a provoqué la chute des cours, c’est l’explosion de la production d’huiles de schiste américaine, qui a augmenté d’un million de barils par jour ces trois dernières années », confirme Jean-Louis Schilansky, président du Centre hydrocarbures non conventionnels.

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  • Les prix vont-ils continuer à baisser?

La hausse des prix du pétrole de 20-25% à la fin de la semaine passée ne reflète pas la réalité, mais est provoquée par la physionomie du marché, lit-on dans une note envoyée aux investisseurs par le groupe et signée d’Edward Morse, chef du département de l’analyse des marchés des matières premières chez Citigroup.Citi estime que les prix du baril du WTI iront à la baisse d’ici la fin de l’année et qu’ils atteindraient peut-être leur minimum en 2016.

  • Le role de l’OPEP
    Le Jeudi 3 Septembre 2015, Les présidents russe et vénézuélien se sont rencontrés en Chine pour discuter de la chute du pétrole et d’éventuelles démarches pour améliorer la situation sur le marché.

L’impact de la chute des prix du pétrole s’est avéré plus grave que prévu, et certains pays de l’OPEP sont même contraints de pomper à perte. L’Equateur est devenu le premier pays à révéler qu’il le faisait, son pétrole se négociant à moins de 30 dollars le baril, tandis que les coûts de production moyens tournent autour de 39 dollars.
Souffrant de la chute des prix de pétrole, les pays les plus vulnérables ont multiplié leurs appels à la tenue d’une réunion urgente du cartel.

L’Equateur, qui ne produit que 1,7% du pétrole de l’OPEP, semble être le seul pays du cartel confronté à un tel problème. Selon le rapport de l’organisation, le baril de pétrole équatorien ont connu en juillet dernier la plus forte baisse parmi les pays membres du cartel.

"Mon pays est en train de pomper à perte (…) Nous traversons une année extrêmement difficile, et cette difficulté se poursuivra l'année prochaine, à cause de l'effondrement des prix du brut", a déclaré le président équatorien Rafael Correa aux journalistes.

La chute des revenus pétroliers provoque le mécontentement de pays comme l'Algérie et le Venezuela, qui sont actuellement confrontés à des déficits budgétaires. Ces pays ont multiplié les appels à tenir une réunion urgente du cartel pétrolier. Au mois d'août, le ministre algérien du pétrole a demandé l'OPEP d'entreprendre des mesures pour enrayer la chute des cours.

Cependant, les coûts de production d'or noir de la plupart des pays membres de l'OPEP leur permettent de survivre la situation actuelle. Le cas de l'Equateur constitue plutôt une exception.

Le Venezuela a plaidé en faveur d'une réunion "spéciale" du cartel avec la participation des pays non membres de l'OPEP comme la Russie qui a eu lieu hier en Chine. 

Le Venezuela, dont l'économie est très dépendante du pétrole, sombre de plus en plus dans une grave crise, sous l'effet de la baisse continue du prix du baril de brut, qui a perdu plus de 60% de sa valeur depuis juin 2014.
lors de leur rencontre en Chine, Nicolas Maduro et Vladimir Poutine ont constaté que les prix volatiles du pétrole ne correspondaient pas à leurs intérêts et ont convenu qu'il fallait à tout prix encourager une hausse des prix. Par ailleurs, Vladimir Poutine a fait valoir qu'il ne s'agissait pas ici de prendre des mesures spécifiques, une telle approche étant impossible dans le cadre d'une économie de marché, et trop de facteurs devant être pris en compte.

L’Arabie Saoudite, plus grand producteur de pétrole de l’OPEP, ne réagit pas à ces appels, bien qu’elle se trouve elle-même dans une situation embarrassante, ses réserves de change s’épuisant rapidement.

Selon les déclarations des responsables du “trio de tête” de l‘OPEP, l’Arabie saoudite, l’Irak et l’Iran, les coûts de production d’un baril dans ces pays ne dépassent pas 5-6 dollars. Selon le rapport de l’OPEP, ces trois pays ont produit en juillet dernier 55% de l’ensemble du pétrole extrait par le cartel durant ce mois. L’Iran est encore soumis aux sanctions occidentales, mais il a déjà augmenté la production de pétrole, en juillet dernier, jusqu’à 2,86 millions de barils le jour.

L’Arabie saoudite possède 611 milliards de dollars des réserves (données pour juillet dernier). Les réserves de l’Algérie sont plus modestes, de plus, elles ont affiché une dynamique négative par rapport à l’année précédente, même avant la deuxième vague de la chute des prix entamée cet été.

Les prix pétroliers actuels, c’est-à-dire ne dépassant pas 50 dollars le baril, sont le fer de lance de la stratégie de l’OPEP visant à gagner le bras de fer avec les concurrents mondiaux, notamment américains. Le cartel pétrolier a toujours compris qu’une telle stratégie exige la patience des pays membres, et que l’organisation ne renoncera pas, quelles que soient les difficultés.

  • La Norvège durement touchée par la chute du prix du pétrole

La déroute des bourses asiatiques a entraîné une chute des marchés européens et celui de la Norvège, un des pays les plus riches du monde, ne fait pas exception. La baisse du prix du pétrole qui a atteint son plus bas plancher depuis ces 6,5 dernières années, a sérieusement impacté l’économie norvégienne qui dépend du prix de baril plus que les autres économies européennes. La bourse d’Oslo, vers la fin août, était dans le rouge et a baissé de 5,9%.

La chute du prix du pétrole a déjà eu un impact sur l’économie norvégienne. La plus grande compagnie pétrolière norvégienne Statoil a notamment licencié plus de 20.000 employés, et ce alors qu’un Norvégien sur neuf travaille dans le secteur pétrolier.

D’après un analyste de Nordea Markets, il n’y a pas de raisons de paniquer. La Norvège pourrait proposer des avantages fiscaux et octroyer des ressources aux municipalités pour relancer la croissance. L’expert pense que la Norvège a assez de richesses pour éviter la crise, même si le pays pourrait subir une augmentation du chômage et une baisse des salaires.

Combien de temps l’or noir peut-il rester bon marché ?

La baisse actuelle des prix du pétrole dopera au final la croissance économique dans le monde entier, estime Anatole Kaletsky, économiste britannique et chef du cabinet de conseil GaveKal-Dragonomics.

“Récemment le prix du pétrole a été multiplié par trois en un an (de 50$ à 140$ le baril, ndlr), ce qui a abouti à la catastrophe de 2008. Ensuite, le prix est tombé jusqu’à 40$ en seulement 6 mois, juste avant le redressement économique de 2009”, a fait remarquer l’économiste britannique.

Selon l’expert, il existe un rapport inverse entre les prix du pétrole et la croissance économique mondiale. Puisque près de 34 milliards de barils de pétrole sont consommés chaque année dans le monde entier, une chute des prix de 10 dollars signifie que 340 milliards de dollars potentiels destinés aux exportateurs du pétrole restent entre les mains des consommateurs.

La demande mondiale de pétrole devrait rebondir en 2015 et 2016, selon Agence internationale de l’énergie.

La hausse serait de l’ordre de 1,6 million de barils cette année et de 1,4 million l’an prochain. Ce qui devrait redresser le cours du brut : « Ils augmenteront, mais on restera dans des prix relativement modérés, autour de 60 à 70 dollars », veut croire Guy Maisonnier, économiste à l’IFP Energies nouvelles (loin des 92,31 dollars de 2008). Le spécialiste rappelle que les producteurs américains « ont réussi à faire chuter leurs coûts fortement ». Il note que, si le nombre d’appareils de forage en service aux Etats-Unis a été divisé par deux depuis septembre 2014 (de 1 600 à 670) sous l’effet de la chute des cours, « la productivité par puits, elle, a augmenté ». Autre élément qui pourrait maintenir le pétrole à un prix abordable, le retour de l’Iran sur les marchés internationaux. Selon les prévisions de la Banque mondiale, la levée des sanctions contre Téhéran fera reculer les prix du baril de brut de 10 dollars dès 2016. Le pétrole low cost est parti pour durer.

  • Les rythmes de la croissance mondiale

La croissance mondiale n’a jamais retrouvé le rythme d’avant la crise. De plus, cette croissance a été en bonne part achetée à crédit : l’endettement global est passé de 180 % du PIB mondial en 2008 à 210 % l’an dernier, pendant qu’en Chine le poids de la dette a bondi de 160 % du PIB à 230 %, souligne Jean-Marc Vittori dans Les Echos !

En se fiant à l’hypothèse selon laquelle l’économie obéit en premier et dernier ressort aux lois de la physique, il faut tenter de comprendre ce qu’il s’est passé dans l’économie dite “réelle”, par-delà les artifices monétaires sans précédents utilisés depuis 2008 pour faire levier sur la croissance et empêcher l’effondrement systémique de la finance.

Deux faits “réels”, parmi beaucoup d’autres : aux Etats-Unis, premier consommateur mondial de bien des choses, le pouvoir d’achat de 90 % de la population n’a pas progressé en 30 ans. Jusqu’à l’effondrement des cours du brut, en Europe (premier importateur mondial de pétrole), la valeur de la croissance du PIB, le montant de la dette souveraine et la facture des importations d’hydrocarbures atteignaient des niveaux pratiquement identiques, aussi bien dans les “PIIGS” (Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne) qu’en France et en Allemagne.

Sources: Sputnik news, Reuters, Nasdaq, Paris Match, Boursorama, Le Monde, Le Figaro, les Echos

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