wall palestine

Il n’y aura pas de paix jusqu’à ce que l’occupation israelienne de la Palestine se termine : la troisième intifada menace le Proche-Orient


Pour Marouane Barghouti, homme politique et chef militaire palestinien en prison, l’escalade actuelle de violence n’a pas commencé avec le meurtre de deux colons israéliens, mais elle est en cours depuis des années.

//platform.twitter.com/widgets.js

Chaque jour, des Palestiniens sont tués, blessés, arrêtés. Chaque jour la colonisation progresse, le siège de notre peuple continue à Gaza, l’oppression persiste. Puisque beaucoup, aujourd’hui, voudraient que nous soyons submergés par les conséquences potentielles d’une nouvelle spirale de violence, je plaiderai, comme je l’ai fait en 2002, pour que l’on regarde en face ses causes profondes : le déni de liberté infligé aux Palestiniens.

 

Les accords d’Oslo sont-ils morts?

Les élections législatives israéliennes de cette année ont abouti à la formation d’un des gouvernements les plus à droite de l’histoire israélienne. La victoire de Benyamin Nétanyahou, qui avait redit pendant la campagne son refus d’un Etat palestinien, a éloigné les perspectives de paix. Désormais, le Premier ministre israélien est soumis à de multiples pressions, dont celle de ses partenaires de gouvernement nationalistes religieux et celle du lobby des colons.

//platform.twitter.com/widgets.js

Dans l’ignorance des protestations internationales, la colonisation de la Cisjordanie se poursuit tel un rouleau compresseur. Les colons israéliens y étaient environ 100.000 après les accords d’Oslo il y a vingt ans. Ils y sont désormais plus de 400.000. Depuis 1995, la Cisjordanie est mitée, dépecée, divisée en trois zones enclavées:

  • zone A (juridiction palestinienne complète)
  • zone B (autonomie partielle, mais contrôle militaire israélien)
  • zone C (contrôle militaire et civil israélien total).

Les accords d’Oslo avaient prévu que les zones B et C –soit 60% du territoire total– disposeraient progressivement de leur autonomie.

  • Il n’en a rien été. De chaque côté, la méfiance et la peur n’ont fait que croître.

Il est impossible par exemple à un Israélien de s’aventurer dans un secteur palestinien autonome ainsi annoncé par de grands panneaux rouges:

«L’entrée de cette zone est strictement interdite aux citoyens israéliens. Elle est contre la loi d’Israël. Danger de mort».

C’est la zone C, sous contrôle militaire israélien total, qui est géographiquement la plus vaste, traversée par des colonies, des routes d’accès réservées aux Israéliens et des zones tampons. Ces découpages créent une situation intenable que la population palestinienne n’hésite plus à qualifier d’«apartheid». Mustapha Barghouti, chef de l’Initiative nationale palestinienne et de l’ONG Medical Relief, explique:

«Il ne reste aux Palestiniens que 250 îlots de terre séparés, encerclés par des colonies, des zones de contrôle militaire, des quartiers de prison et un «mur» de 800 km de long, deux fois plus haut que le mur de Berlin, qui coupe des villages entiers, des terres d’élevage et de culture. Israël est furieux quand on emploie ce mot, mais c’est bien une situation d’apartheid qui règne ici».(slate.fr)

Le déclencheur des nouveaux affrontements : le Nouvel An juif

La nouvelle escalade de violences a débuté il y a trois semaines, sur le site de l’esplanade des Mosquées. Ce lieu, qui abrite la mosquée Al-Aqsa, est hautement explosif dans le conflit qui oppose Israéliens et Palestiniens : s’il constitue le troisième lieu saint de l’islam, le site revêt aussi une importance religieuse pour les juifs en raison de sa situation. L’esplanade est en effet postée à l’emplacement du mont du Temple juif, le premier lieu saint du judaïsme, détruit par les Romains.

Depuis le conflit de 1967, l’accès au site est régi par un statu quo. Les fidèles musulmans peuvent prier à n’importe quelle heure sur le site ; les juifs, eux, peuvent entrer à certaines heures, mais n’ont pas le droit de prier.

Cette année, mi-septembre, le début des fêtes du Nouvel An juif a remis le feu aux poudres. Lors de ces célébrations, les juifs ultra-orthodoxes multiplient en effet les entrées sur l’esplanade. Pour les Palestiniens, ces intrusions sont le signe que le gouvernement israélien tente de changer le statu quo, sous l’influence des extrémistes religieux israéliens, qui revendiquent le droit d’y prier.

//platform.twitter.com/widgets.js  C’est dans ce contexte que des affrontements entre Palestiniens et policiers israéliens éclatent, le 13 septembre, alors que les Israéliens souhaitaient justement empêcher les incidents. Quelques jours auparavant, le ministre de la Défense d’Israël avait ainsi déclaré “illégal” un groupe de musulmans qui affirment défendre le lieu saint, selon Le Monde. Les heurts s’aggravent rapidement, des témoins musulmans accusant les policiers d’être entrés dans la mosquée Al-Aqsa.   Aussitôt, Israël interdit aux Palestiniens l’accès à la vieille ville de Jérusalem. En direct, samedi soir, le correspondant de France 2 à Jérusalem décrit des rues vidées de ses piétons et une ville aux allures fantomatiques. A l’extérieur de la ville et en Cisjordanie occupée, les violences redoublent d’intensité. Des dizaines de jeunes masqués affrontent les forces de l’ordre israéliennes, notamment à Bethléem. En l’espace de vingt-quatre heures, le Croissant-Rouge palestinien dénombre 77 Palestiniens blessés.

La situation s’aggrave

Les tensions plus ou moins latentes depuis des mois entre Palestiniens et Israéliens se sont brutalement amplifiées après l’assassinat de deux colons en Cisjordanie occupée le 1er octobre.

Les affrontements entre lanceurs de pierres palestiniens et forces israéliennes qui tirent à balles réelles sont désormais quotidiens et les agressions mutuelles permanentes entre Palestiniens et colons. Depuis dix jours se succèdent les attaques au couteau contre des Israéliens et des juifs, et les funérailles de Palestiniens tués lors de heurts.

Les violences ont fait sept morts côté israélien et plus de 25 côté palestinien, dont plusieurs auteurs d’attentat.   Les attaques se multiplient en Israël alors que plusieurs groupes palestiniens ont décrété ce mardi,13 Octobre 2015, une «journée de rage». Jérusalem a ainsi connu mardi sa journée la plus sanglante depuis le début de l’escalade des violences avec les Palestiniens: trois personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées dans une attaque à l’arme à feu et un attentat à la voiture-bélier et au couteau. Deux individus ont semé la terreur sur la ligne de bus 78 dans le quartier juif d’Armon Hanatziv à Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville occupée et annexée par Israël.

L’un d’eux a ouvert le feu avec son pistolet sur les 15 passagers présents dans le bus tandis que l’autre était armé de deux couteaux.   Un homme de 60 ans est mort sur place, un autre passager a été évacué dans un état désespéré et trois ont été blessés, selon les secours. Un des deux auteurs a été tué, le second blessé par balles par la police. Quelques minutes plus tard, un Palestinien a foncé avec sa voiture sur des piétons à un arrêt de bus dans un quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem-Ouest, tuant une personne et blessant légèrement une autre. Il est ensuite sorti de sa voiture, encastrée dans l’abribus, et a poignardé plusieurs passants, avant d’être blessé par balles, selon la police.

    • La guerre à travers les médias sociaux.

 

Dans le même temps, une augmentation des appels à tuer des Arabes et des terroristes a été constatée, et à déclencher une deuxième Nakba (une référence à ce que les Palestiniens appellent la catastrophe de 1948) pour se débarrasser des Palestiniens, sur les réseaux sociaux israéliens.   Le député Yinon Magal a ainsi déclarer sur la chaîne israélienne Arutz 10: “on peut compter non seulement les Intifadas mais aussi les Nakbas”. Les appels à porter plus de fusils et couteaux, et à boycotter les entreprises arabes ont également augmenté. Les photos de terroristes arabes tués circulent de plus en plus. Meirav Bornstein, vice-président stratégique au Buzzilla, une entreprise qui surveille les conversations sur internet, soutient qu’avant cette vague de violence, il y avait environ 8.000 déclarations anti-arabes par semaine.  

Ce nombre a atteint 30.000 au cours de la première semaine d’octobre. Jeudi dernier, lors de l’attaque à Tel-Aviv, près de 7.000 déclarations anti-arabes ont été recensées. 40% des discours violents était sont Facebook, 38% sur twitter, 12 % dans descommentaires d’aticles, 8% sur les forums et 1 % sur les blogs. L’un des messages les plus populaires a été celui d’une soldate israélienne, Eden Levy, qui a posté une photo avec la phrase : “haïr les Arabes n’est pas du racisme, c’est une valeur.” La page a finalement été bloquée après avoir plusieurs messages de soutien.

Et après?

Tout espoir de paix entre Palestiniens et Israéliens a quasiment disparu. Loin des diplomaties occidentales, plus personne ne croit sérieusement aux négociations avec Israël et à cette solution politique à deux Etats rêvée par une Autorité palestinienne largement discréditée.   Selon le Centre de recherches politiques et de sondages, 29% seulement des Palestiniens pensent que les pourparlers restent, malgré tout, le meilleur moyen d’aboutir à la création d’un État viable et souverain. Mais 42% prônent le retour à la lutte armée. Comment peut-il en être autrement?, demande-t-il Majed Bamieh, conseiller au ministère des affaires étrangères à Ramallah:

«Le gouvernement Netanyahou et la droite israélienne ne veulent pas d’Etat palestinien. Ils ne veulent pas d’arrêt des colonies. Ils ne veulent pas du partage de Jérusalem. Ils ne veulent pas du retour des réfugiés. Ils ne veulent pas d’un meilleur partage de l’eau. Sur quoi voulez-vous négocier?»

 

  •   Les Palestiniens doivent-ils accepter tout cela en silence ?

 

Doivent-ils faire preuve de retenue lorsque la famille Dawabsha est brûlée vive à Duma et que personne n’est arrêté ni jugé par Israël, tandis que le ministre de la Défense Moshe Ya’alon fanfaronne en prétendant qu’Israël sait qui a commis ce crime scandaleux mais qu’il n’arrêtera pas les responsables pour préserver son réseau de renseignement ? Quel peuple pourrait donc faire preuve de retenue face à une telle succession d’événements, à l’arrière-plan desquels se trouve toute la puissance de l’occupation, sans espoir, sans perspectives, sans issue en vue ? Il n’y a aucune négociation en cours, pas même en secret, la solution à deux États est apparemment condamnée et Israël n’a aucune alternative à offrir. Comment accepter cela en silence? Rien de tel ne s’est jamais produit nulle part, ni ne se produira jamais.

//platform.twitter.com/widgets.js

*L’article n’a pas de caractère pro-Israélien ou Pro-Palestinien, on constate juste les faits et on ne peut pas rester aveugle devant des telles atrocités.

Lisez plus:
Intifada
Documentaire pour comprendre Le conflit israélo-palestinien de 1880 à 1991
Conflit Israélo- Palestinian

Recherches et Livres sur cette actualité:
Une terre pas si sainte: Sélection Prix Sang pour Sang Polar 2015
Israël et Palestine : Deux émanations inchevées de l’Occident ? : Une solution imposée : seule issue pour la paix ?
Open Source:Israel: Background and U.S. Relations

Sources: Guardian.co.uk, i24, le Figaro, Slate.fr, Le Monde.fr, Les Echos, Libération
Photo crédit:Wikimedia

Advertisements

2 thoughts on “Il n’y aura pas de paix jusqu’à ce que l’occupation israelienne de la Palestine se termine : la troisième intifada menace le Proche-Orient”

Thank you for your contribution

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s