L’Europe se félicite d’avoir transformé la Grèce en un grand camp de concentration: On vient de tout simplement raté le train vers la démocratie

Les guerres impérialistes qui ont disloqué les états et ont précipité les peuples dans le chaos des guerres civiles dans toute la région du Moyen-Orient, combinées à la faim que répand avec elle la mondialisation d’un capitalisme brutal, ont provoqué une inqualifiable catastrophe humanitaire et de grandes vagues migratoires. Le spectacle des enfants morts rejetés par la mer Egée interroge chaque conscience civilisée.

Emmené par l’Autriche et un certain nombre de pays de l’Est de l’Union et de son voisinage immédiat, du FYROM à la Serbie, un groupe d’États a tenté, avec l’appui du polonais présidant le Conseil européen, Donald Tusk, de “fermer la route des Balkans” empruntée par plus de 800.000 personnes en 2015. Avec une victime à la clé : la Grèce, condamnée à devenir le cul-de-sac de cette route migratoire, au risque de devenir une “Palestine moderne”.

Tout aussi repoussante est la réaction de « l’Europe unie ». Parties prenantes des guerres impérialistes et de la destruction des économies nationales, les maîtres de l’Europe élèvent des murs, dressent des barrages, envoient des troupes, mobilisent jusqu’à l’OTAN contre les migrants et les réfugiés. A droite et chez les « socialistes » on vote ensemble des lois qui donnent aux autorités le droit de confisquer les bijoux des réfugiés, ravivant des souvenirs effroyables des camps de concentration du troisième Reich.

La lâcheté des Européens explique beaucoup de choses et notamment le passage en force de la chancelière allemande pour tenter de trouver une solution.

Pour NouvelObs , le refus à peine déguisé des États, anciens comme nouveaux, de “relocaliser” au moins 160.000 réfugiés (à peine 885 relocations effectives à ce jour) comme ils en avaient convenu de façon obligatoire en septembre dernier, accrédite en effet l’hypothèse d’une fermeture de l’espace Schengen. Celle-ci conduirait à en exclure de fait la Grèce et de l’entraîner vers la catastrophe économique.


Ces développements ne sont pas tombés du ciel, et ne sont pas dus à la pression de l’extrême droite montante, qui trouve en la personne des migrants des boucs émissaires pour le chômage et la criminalité. Dès le début, les accords de Schengen et de Dublin ont été mis au service de la logique de l’Europe-forteresse, qui préservait le droit de n’accepter que les migrants dont elle voulait, comme une force de travail bon marché, et de repousser les autres comme de « nouveaux barbares », qui menacent prétendument le nouvel Empire.

Analyse

Le HCR dénombrait mercredi à la mi-journée 35.945 personnes coincées sur le territoire grec, dont 8550 «à l’intérieur» du campement d’Idomeni. Les migrants vivent dans le froid et la boue.. Mais selon plusieurs autorités locales et des ONG, il y aurait en tout près de 14.000 personnes à Idomeni, et donc, plus de 40.000 dans toute la Grèce. Des milliers de personnes continuent d’arriver chaque jour.

Selon le journaux Le Monde et la Tribune.fr :

A l’issue d’un nouveau sommet extraordinaire consacré à la crise des migrants, Ankara et Bruxelles ont trouvé un compromis qui devrait être finalisé les 17 et 18 mars. Si la Turquie accepte de reprendre sur son territoire tous les “migrants irréguliers” arrivés en Europe, elle reçoit une compensation financière et… l’accélération des négociations d’adhésion à l’UE.

 

Un marchandage honteux avec le Sultan Erdogan et son regime

Pièce maîtresse du dispositif qui sera mis en place, la Turquie se voit attribuer un rôle de choix, celui de premier flic dans le contrôle des frontières du sud-est de l’Europe. Pour ce faire, elle pourra compter sur l’appui militaire de l’OTAN dont la logistique sera mise à sa disposition. Pour la NPA française :

Gageons qu’Erdogan pourra tout à loisir continuer sa répression sanguinaire contre ses opposants, contre le peuple kurde, ainsi que ses trafics en tout genre avec Daesh, notamment en matière de pétrole.

Peu regardants quand ça les arrange en matière de défense des droits humains, les dirigeants européens ont également sans sourciller accédé aux exigences financières d’Ankara, élevant la facture à 6 milliards d’euros. Petite prime en cadeau pour ses bons et loyaux  services, les visas nécessaires aux citoyens turcs  pour se rendre en Europe vont être supprimés, et les négociations en vue de l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne vont être abordées avec un regard bienveillant.

Grands seigneurs, les 28 pays de l’Union européenne s’engagent à accueillir... 70 000 réfugiéEs syriens (à l’exclusion de toute autre nationalité...) pour autant qu’ils aient été dûment répertoriés par les autorités turques.

Qu’ont proposé concrètement la chancelière allemande et le premier ministre turc, avec la bénédiction de la Commission mais sans que M. Hollande, notamment, soit mis dans la boucle ? Il s’agit de renvoyer massivement des Syriens déjà présents dans les îles grecques, y compris certains qui y auraient déjà déposé une demande d’asile, vers la Turquie. Puis, sur la base « d’un Syrien admis pour un Syrien expulsé », d’acheminer ceux qui sont dans des camps en Turquie directement vers l’Europe, selon une procédure contrôlée, copilotée par les Nations unies.(LeMonde.Fr)

Le mécanisme n’est pas simple à comprendre. Lors du sommet du 29 novembre, la Turquie avait déjà concédé la mise en place d’un mécanisme de réadmission des migrants économiques illégaux sur son territoire, pour les expulser, dans un second temps, vers leur pays d’origine. Elle avait aussi promis de renforcer sa lutte contre les passeurs. Sans effet notable sur les flux… Depuis le début de l’année, 130.000 migrants sont arrivés en Europe par la Méditerranée. Cette fois, Bruxelles veut que son allié de circonstance montre des résultats.

Projet d’accord UE-Turquie: inquiétudes pour les droits de l’Homme

Mais la Turquie, qui a déjà accueilli 2,7 millions de réfugiés syriens depuis le début du conflit en 2011, exige de son côté des compensations.Outre l’enveloppe financière, le Premier ministre réitère à Bruxelles sa demande concernant la suppression des visas pour les ressortissants turcs circulant dans l’espace Schengen, et veut une accélération de la procédure. Il demande à ce qu’elle intervienne “d’ici juin”.

  • L’ONU a jugé “illégales” les expulsions collectives envisagées, et plusieurs membres des 28 se sont inquiétés de possibles compromissions avec le régime islamo-conservateur d’Ankara.
  • L’Allemagne, qui a déjà accueilli plus d’un million de migrants, a en revanche défendu ce plan, dénonçant avec la Grèce la récente fermeture “unilatérale” de la route des Balkans.

A Genève, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme a fait part de ses “graves inquiétudes” face au projet d’accord entre l’UE et Ankara, qui prévoit de renvoyer vers la Turquie tous les migrants, y compris les demandeurs d’asile syriens qui fuient la guerre dans leur pays.

Contesté par les ONG, le projet UE-Turquie est aussi loin de faire l’unanimité au sein des 28. Plusieurs membres de l’UE ont exprimé leurs doutes, inquiets de sa faisabilité mais aussi d’éventuelles compromissions avec le régime de Recep Tayyip Erdogan, taxé de dérive autoritaire.

Les ministres de l’Intérieur des 28 étaient réunis jeudi à Bruxelles pour examiner les nombreux “détails” de l’accord à affiner.

“Je trouve préoccupant que la Turquie mette sous tutelle un journal critique envers le gouvernement, puis trois jours plus tard présente une liste de souhaits”, a déclaré jeudi la ministre de l’Intérieur autrichienne, Johanna Mikl-Leitner, en référence au journal Zaman dont la mise sous contrôle a été critiquée par Bruxelles et Washington.

“Je me demande vraiment si nous avons encore du respect pour nous-mêmes et pour nos valeurs”, a ajouté la ministre.

“Les Turcs sont “très éloignés des valeurs et principes de l’Europe”, a souligné le ministre belge Jan Jambon, alors que l’une des contreparties demandées par Ankara, pour sa collaboration dans le dossier migratoire, est l’ouverture rapide de nouveaux chapitres dans ses négociations d’adhésion à l’UE”.

“Il faut vérifier la faisabilité du plan avec la Turquie, sur le plan “légal, diplomatique, politique mais aussi humain”, a insisté le ministre luxembourgeois Jean Asselborn.”

Acceleration l’accélération des négociations d’adhésion à l’UE du regime neo-ottoman du Sultan Erdogan

Ankara, en position de force, est aussi parvenue, à la faveur de cette crise, à la réouverture de l’examen de sa candidature pour l’UE qu’on pensait quasi suspendue depuis 2007. Le sommet de novembre a relancé le débat autour d’une possible adhésion. Le chapitre 17 portant sur la politique économique et monétaire a été ouvert en décembre. Mais cette fois, le chef du gouvernement turc demande une accélération de l’examen de sa candidature : “Nous voulons que cinq chapitres de négociations soient ouverts aussi vite que possible”.

Début décembre, l’agence gouvernementale Anadolu rapportait que la Commission européenne avait indiqué que les préparatifs pour l’ouverture des chapitres 15 «énergie», 23 «droits fondamentaux», 24 «Justice, libertés et sécurité», 26 «éducation et culture», et du 31 «sécurité extérieure et politique de défense» devaient être entrepris par Bruxelles début 2016.

Si cette crise migratoire relance le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE de façon totalement opportuniste pour les deux camps, l’issue est plus qu’incertaine. D’abord en raison du blocage de Chypre qui met son veto sur plusieurs chapitres.

Le gouvernement chypriote, non reconnu par Ankara, qui interdit ses ports et aéroports aux navires et avions en provenance directe de la République de Chypre, a bloqué six chapitres clés de ces négociations depuis 2009, gelant de facto le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE. Sur les 35 chapitres des négociations engagées en 2005, quatorze ont été ouverts et un seul a jusqu’ici pu être bouclé.

(Sources: Laiki Enonita Greece, NPA France, Le Monde.fr, La Tribune.fr , NouvelObs.fr)

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