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Les clés pour comprendre l’évolution de la relation entre la Turquie et les Frères musulmans (Analyse)

*The key to understanding the evolution of the relationship between Turkey and the Muslim Brotherhood

La Société des Frères musulmans (arabe : جمعية الأخوان المسلمين ; jamiat al-Ikhwan al-muslimin), raccourcie en Frères musulmans(الإخوان المسلمون ; al-Ikhwān al-Muslimūn), est une organisation transnationale islamique sunnite fondée en 1928 par Hassan el-Banna, à Ismaïlia dans le nord-est de l’Égypte, se composant d’un appareil militaire et d’une organisation ouverte, dont l’objectif officiel est la renaissance islamique et la lutte non-violente ,contre « l’emprise laïque occidentale » et « l’imitation aveugle du modèle européen » en terre d’Islam.

Hassan Al Banna

Fils d’un fonctionnaire de l’État égyptien, Hassan al-Banna naquit en 1906 dans le delta du Nil. Son père lui imposa une éducation religieuse stricte. Pendant ses études, au Caire, Hassan al-Banna entre en contact avec les intellectuels musulmans du mouvement “salafiyya,” ou salafiste, qui se veut dans la tradition des compagnons du prophète Mahomet. En septembre 1927, il obtient son premier poste d’instituteur à Ismaïlia sur le canal de Suez.

En mars 1928, il crée la société des Frères musulmans avec une douzaine d’autres personnes. En 1929, elle compte déjà 4 sections, 15 en 1932 pour atteindre le chiffre de 300 cellules en 1938. En 1949, on estime les Frères à 2 millions de membres répartis à travers toute l’Égypte.

Aujourd’hui, le Hamas en Palestine, le MSP en Algérie, le JCP en Libye, le JDP au Maroc, le partie Ennahdha en Tunisie et l’AKP en Turquie sont les exemples les plus frappants de cette influence “panislamiste” des Frères Musulmans dans le monde arabe et ailleurs.

  • L’islam est une loi complète pour diriger cette vie…

Cette organisation panislamiste est officiellement considérée comme organisation terroriste par le gouvernement égyptien, la Russie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Elle a rapidement essaimé ses idées dans les pays à majorité musulmane du Moyen-Orient, comme au Soudan ou en Afrique du Nord, et a également établi des instances nationales dans des pays non musulmans, comme dans certains pays européens. Certains groupes de partisans se sont constitués en mouvements autonomes, comme le Jama’a al-islamiya ou encore le Hamas.

Depuis 2013, l’Egypte a officiellement déclaré « organisation terroriste » la confrérie des Frères musulmans, dont est membre le président destitué Mohamed Morsi, lui interdisant de manifester. Pour rappel, le 3 juillet 2013, l’armée égyptienne mettait un terme à la présidence de Mohamed Morsi par un coup d’État après une très importante mobilisation des Égyptiens. Issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi était le premier civil démocratiquement élu de l’histoire de l’Égypte, avec un peu plus de 51 % des voix et une participation d’environ 51 %. Le 3 juillet, l’armée le destituait « au nom des manifestants ». Un an plus tard, le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi était élu président avec près de 97 % des voix et un taux de participation de moins de 40 %, sur la promesse « d’éradiquer le terrorisme » — terme qui désigne les Frères musulmans.

En outre, un tribunal égyptien a condamné  à la prison à vie l’ex-président islamiste Mohamed Morsi, jugé également dans une affaire d’espionnage au profit du Qatar! Depuis le nouveau président, Abdel Fattah Al-Sissi l’a dit et répété : il ne fait aucune distinction entre les Frères musulmans, le Hamas et l’organisation de l’État islamique.

En ce qui concerne la Turquie, le Parti de la justice et du développement au pouvoir , l’AKP, est très proche des Frères musulmans égyptiens. Entre 2007 et 2013, l’AKP a exploité sa parenté idéologique avec les Frères Musulmans afin de favoriser ses relations avec le mouvement et augmenter son “poids comme pôle régional”  dans le monde arabe, au Proche-Moyen Orient et au-delà. Les Frères musulmans ont inspiré tous les mouvements islamistes dans la région, dont le mouvement islamiste turc, bien que ce dernier se soit trouvé dans une position très différente des Frères musulmans dans les pays arabes. Les islamistes turcs ont vécu dans une société pluraliste dès les années 1970 et ont même été un parti de gouvernement quand Necmettin Erbakan, fondateur du mouvement islamique Milli Görüs a été premier ministre, de juin 1996 à juin 1997.

Selon le Géopolitologue Alexandre del Valle, la doctrine du Milli Görüs concilie le nationalisme turc néo-ottoman, le conservatisme de droite, le libéralisme économique et un islamisme voisin des Frères musulmans et des Confréries islamiques nostalgiques du Califat.

Pur produit de cette école de pensée islamiste, l’actuel président turc Recep Taiyyp Erdogan synthétisa l’essence totalitaire et néo-califale de l’idéologie du Milli Görüs lorsqu’il prononça les vers du célèbre poète turc Ziya Gökal : “Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants seront nos soldats”, dans un discours de novembre 1997 alors qu’il était encore maire d’Istanbul. Erdogan fut condamné et incarcéré pour ces propos “anti-kémalistes”, qualifiés alors “d’incitation à la haine religieuse”, à la suite du coup d’Etat militaire kémaliste de 1997. Depuis, en réislamisant et dékémalisant la société turque après avoir fait arrêter l’essentiel de ses opposants puis après avoir limogé la plupart des intellectuels, militaires, journalistes et juges anti-islamistes, le néo-sultan a largement pris sa revanche… Les représailles suite au coup d’Etat manqué de fin juillet 2016 – fomenté officiellement par ses rivaux musulmans conservateurs modérés du mouvement de Fettulah Gulen – furent l’ultime prétexte pour intensifier et mener à leurs paroxysme la chasse aux sorcières puis pour achever la mutation néo-ottomane et “national-islamiste” de la nouvelle Turquie anti-occidentale et post-kémaliste désormais lancée à la conquête (symbolique, politico-religieuse ou militaire) des Balkans, de Chypre, du monde arabe (comme en Syrie ou en Libye) et des communautés turques d’Occident.

À sa sortie de prison,M. Erdogan déclara avoir renoncé à imposer sa vision de l’islam à la société. Avec l’aide de l’ambassade US , il fonda alors l’AKP, un parti à la fois islamiste et atlantiste auquel il intégra non seulement ses camarades de la Millî Görüş, mais aussi les disciples de Fetullah Güllen, et les anciens partisans de Turgut Özal.

A cette époque, cette Confrérie et le Parti de la Justice et du Développement, AKP d’Erdogan avaient des objectifs communs : islamiser lentement la Turquie, la débarrasser du kémalisme laïc et s’emparer progressivement de tous les rouages de l’état. Cette alliance a fonctionné pendant 8 ans. Gülen reprochait à Erdogan ses colères et ses excès, mais ceci ne l’a pas empêché de coopérer pendant une aussi longue période. Gülen a permis à Erdogan de gagner les élections législatives et aidé à moderniser le pays en vue de son entrée dans l’Union européenne.

“L’alliance du parti AKP avec le Hamas peut être vue comme une des expressions de ces prétentions impériales qui ressuscitent, ayant commencé bien avant l’élection d’Erdogan en 2002. En effet, alors que la Turquie était gouvernée par le CHP, parti républicain du peuple, parti fanatiquement laïc, l’opposition islamique a pénétré la société et le pouvoir, à travers le soufisme comme couverture. Des membres de groupes soufis sont devenus des personnages éminents dans l’establishment des nouveaux partis islamiques, incluant Necmetine Erbakan, ex 1er ministre.”

Depuis 2013, la guerre est totale entre les deux tendances islamistes : le Milli Görüs, sorte de Frères musulmans turcs, et l’autre:  l’Hizmet de Gülen, très démocratique, conservatrice et pro-occidentale, bien qu’islamique.

En outre, depuis 2013, la Turquie est devenue le centre régional pour l’organisation internationale des Frères Musulmans avec l’aide de Hamas et du Qatar. Istanbul a joué le rôle de ville hôte où il y a eu beaucoup de réunions pour adopter une stratégie au sein de la confrérie à l’encontre du gouvernement égyptien.

Le Milli Görüs est, en Allemagne, la plus influente et puissante des organisations islamistes turques et contrôle près de 230 mosquées du pays. Au niveau communal et local, le Milli Görüs a créé un nombre significatif d’associations sous des dénominations fort différentes. Ainsi, sur l’ensemble de l’Allemagne, seule une trentaine d’entre elles portent le nom de l’organisation mère. De même aux Pays Bas, le MG joue un rôle important au sein de la communauté turque. Quoi qu’il en soit, le réseau mondial de l’organisation a offert son soutien et a agi comme une plate-forme pour le mouvement islamiste en Turquie, à l’opposé du kémalisme.

Selon Voltaire.net, M. Erdoğan a installé à l’époque trois camps d’entrainement d’al-Qaïda sur son sol à Şanlıurfa (frontière syrienne), à Osmaniye (à côté de la base de l’Otan d’Incirlik), et à Karaman (près d’Istanbul) où il organisa une académie du terrorisme.

Durant la période où il était mondialement recherché, Yasin al-Qadi, le « banquier d’al-Qaïda », se rendait secrètement à Ankara, en avion privé. Les gardes du corps de M. Erdoğan venaient le chercher à l’aéroport, non sans avoir d’abord désactivé les caméras de surveillance.

En mai 2014, le MIT transférait par train spécial à Daesh quantité d’armes lourdes et de pick-up Toyota neufs offerts par l’Arabie saoudite.

A partir du printemps 2011, le pari de la Turquie gouvernée par l’AKP proche des Frères musulmans a consisté à miser sur le succès des révolutions arabes en rompant avec plusieurs de ses anciens alliés arabes hostiles aux forces islamistes insurgées (Syrie de Bachar al-Assad, Libye de Kadhafi, et depuis 2013, Égypte du Maréchal-président al-Sissi). Ce choix a été aussi motivé, à l’intérieur, par la nécessité de séduire des électeurs islamistes puis, à l’extérieur, par celui de conserver l’estime des masses sunnites solidaires des rebelles syriens opposés au pouvoir alaouïte d’Assad.

Plus récemment, au milieu de la crise diplomatique entre les pays du Golfe qui ont coupé leurs relations diplomatiques avec le Qatar sur son prétendu soutien aux groupes terroristes, le site de Al-Arabiya, un site d’Arabie Saoudite, a supprimé une histoire publiée sur son site révélant les liens du président turc Recep Tayyip Erdoğan avec l’ancien capitaine de guerre afghan Gulbuddin Hekmatyar.

L’histoire, publiée sur le site internet d’Al-Arabiya, Facebook et Twitter a été supprimée de toutes les plateformes le lendemain de sa publication le mois dernier.

Al-Arabiya a écrit cela sur son site: “Une vieille photo montrant la Turquie et les dirigeants islamistes tunisiens assis aux pieds de l’ancien chef de guerre afghan Gulbuddin Hekmatyar a refait surface ces derniers jours, relisant un débat sur les liens profonds des Frères musulmans avec des extrémistes internationalement désignés qui sont accusés d’avoir commis des crimes de guerre.”

Sources/Bibliographie:

Wikipedia: Frères Musulmans (page consultée le 10/07/2017)

Le Monde AfriqueLes Frères musulmans déclarés « organisation terroriste » en Egypte
(page consultée le 10/07/2017)

RFI.fr: Turquie: le soutien indéfectible d’Erdogan aux Frères musulmans égyptiens (page consultée le 10/07/2017)

Al-Arabiya: Turkey’s relationship with the Muslim Brotherhood (page consultée le 10/07/2017)

Investigations et Enquêtes. La Confrérie, enquête sur les Frères Musulmans (Documentaire entier).[en ligne]. (Consulté le 10/07/2017)

Bitter, J.N. (2003).Les dieux embusqués : une approche pragmatique de la dimension religieuse des conflits. Genève: Droz, 2003.

Featured Image: Erdogan – Signe de Rabia:Le signe Rabia ( / r ɑː b i ə, r æ – / ; stylisé comme R4BIA),  Rabaa ( / r ɑː b ɑː, r æ – / ) ou, plus rarement, Rab3A,  aussi appelé la « Main du Tamkine » ou simplement « R4BIA » (يد رابعة), est un geste de la main, signe de ralliement des Frères musulmans. Rabia signifie « quatrième » en arabe.

En Égypte, les forces de sécurité et le gouvernement appuyé par les militaires, considèrent le signe comme équivalent à du terrorisme, en confinant sa large utilisation aux seuls Frères musulmans. Ce signe est fait pour s’opposer au signe de la victoire (Signe V) fait par les manifestants pro-coup d’état contre le président Morsi
Les couleurs utilisées dans le signe graphique, le jaune et le noir, sont respectivement le dôme doré de Qubbat As-Sakhrah mosquée à Jérusalem, et le Kiswah de la Kaaba.Les quatre doigts levés représenteraient quatre étapes de la domination mondiale de l’islam :
-Etape 1 Présentation de l’islam.
-Etape 2 Sélection des futurs “Frères musulmans”
-Etape 3 Affrontement et spécialisation
-Etape 4 Domination et Tamkine :

 

rabia sign signe de rabia

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