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Recep Tayyip Saddam: Vies Parallèles, Même Destin ?

La situation géopolitique est un peu schizophrénique car une Turquie sous l’autorité d’Erdogan au sein de l’OTAN est comme un Iran sous les Ayatollahs ou une Arabie Saoudite wahhabite membres de l’Union Européenne. Aujourd’hui, la Turquie néo-ottomane d’Erdogan est de plus en plus menaçante vis-à-vis de nombreux pays voisins : Grèce, Chypre (autour du gaz chypriote et des îles de la Mer Egée), Irak (revendications turques au Kurdistan irakien), Syrie (intervention militaire contre les milices kurdes d’Afrine). Le nouvel irrédentisme menaçant d’Ankara est fondé sur le double vecteur du nationalisme ethnique turc et du panislamisme post-ottoman.

Il n’y a en effet aucune valeur commune entre la Turquie actuelle et les pays occidentaux: les libertés politiques sont bafouées, les droits de l’Homme sont écrasés, il y règne une dictature religieuse sunnite directement issue de l’idéologie terroriste des Frères musulmans, la corruption est endémique, l’espace aérien grec, pays européen membre de l’OTAN, est sans cesse violé, et bien sûr la force est constamment utilisée contre les populations kurdes. Le bâillonnement de la liberté de la presse par Erdogan est devenu banal, à ce point que même le célèbre journal traditionnaliste « Zaman » a payé le prix fort pour avoir osé critiquer le régime. Le 4 mars 2016, le célèbre quotidien a été fermé par les autorités et la rédaction remplacée par des journalistes favorables à Erdogan.

 

La Turquie est désormais morte cliniquement sur le plan géopolitique et le peuple turc souffre d’une véritable dictature. La répression sanglante des jeunes Turcs, mobilisés à partir du 28 mai 2013 contre les projets théocratiques d’Erdogan sur la place Taksim Gezi, à Istanbul, en est l’exemple. La Turquie actuelle est ainsi en train de carboniser les progrès culturels, sociaux et politiques de son fondateur moderne Atatürk. Ankara est sous la tutelle, non seulement d’un dictateur obsédé par le passé ottoman, pourtant marqué par le sang et l’intolérance religieuse, mais aussi d’un membre du mouvement terroriste des Frères musulmans. La Turquie, sous le joug d’Erdogan, est devenue un bastion des Frères musulmans égyptiens, des terroristes de Jabhat Al-Nusra, Jaysh Al Islam, Jaysh Al Fattah syriens et bien sûr de l’EI.

En politique étrangère, il est de bon ton de ne pas dire la vérité sur les protagonistes et même de ne pas tirer des conséquences du réel politique non-dit. C’est ainsi qu’on laissa faire Hitler, Staline, Mao, Ceaucescu, Bokassa, Pol Pot, les Kim, Kadhafi… Les médias se sont trouvé avec le président Trump une tête de Turc, mais les diplomaties, notamment européennes, ne font rien contre Recep Tayyip Erdogan qui, lui, devient de plus en plus dangereux. Mythomane, totalitaire, islamiste ambigu, grossier et guerrier, il vient de créer de nouveaux foyers de tension : non seulement en envahissant le nord de la Syrie (n’a-t-il pas dit vouloir chasser Bachar El Assad ?), mais depuis peu avec la Grèce et l’Égypte.

Les médias égyptiens accusent le président Erdogan de menées subversives contre l’Égypte ; notamment par le transfert de centaines de djihadistes fuyant la Syrie vers la Libye, pour déstabiliser l’ouest égyptien, et s’infiltrer au nord Sinaï où la guérilla terroriste attaque violemment l’armée et les civils. Et, de fait, les chaînes de télévision turques donnent la parole aux Frères musulmans qui appellent au renversement, de « la dictature militaire de Sissi ».

Erdogan en Syrie  Comme Saddam au Koweït.

Erdogan a des ambitions territoriales et géopolitiques. Il est prêt à suivre les directives de Washington jusqu’au bout pour réaliser ses « fantasmes » expansionnistes. Mais les Américains ont la capacité de manipuler les dictateurs qui ont ces fantasmes et de les conduire jusqu’à la mort. Saddam Hussein en est le parfait exemple. Avec le consentement, voire les encouragements implicites de l’ambassadrice américaine de l’époque, le dictateur a pris la décision d’envahir le Koweït. Si le pays était riche grâce à ses ressources pétrolières, sa décision d’envahir son voisin, le 2 août 1990, lui a amené toutes les malédictions, les guerres et même les famines du fait de l’embargo prononcé contre son pays. Ainsi, en pratique, c’est le feu vert de l’ambassadrice américaine qui a été l’étincelle de la destruction de l’Irak.

La richesse et la prospérité économique ne constituent donc pas une sorte de « bouclier » ou d’« immunité » contre les effondrements et les défaites. Au contraire, une économie saine nécessite une prise de décision politique et géostratégique sage et logique, qui elle constitue la « muraille » la plus apte à la protéger. Parmi les raisons de la survie de l’économie turque figure le chantage fait à l’Europe sur le flux des réfugiés.

Il y a déjà plus de deux mois que l’armée turque, violant toutes les lois internationales, a envahi le nord de la Syrie pour attaquer les Kurdes de l’enclave d’Afrin et s’emparer de leur territoire. Afin de justifier son agression, le président turc Erdogan a prétendu que ces Kurdes menaçaient sa frontière sud et n’étaient que des terroristes parmi d’autres.

De fait, Erdogan, dans l’euphorie de sa victoire d’Afrine, a annoncé son intention de poursuivre l’offensive en direction de Manbij, une ville située à environ 100 km à l’est où sont regroupées les forces kurdes mais aussi… un contingent de 200 marines américains.

Selon des journalistes du journal le Monde, depuis l’invasion turque, la propagande d’Ankara se déchaîne pour salir et décrédibiliser les Kurdes, relayée jusqu’en France par des lobbies pro-Turcs d’une puissance insoupçonnée. Néanmoins, cela fait cinq ans que les journalistes du journal en accompagnant les Kurdes dans leur combat ils savent très bien de quel côté se trouvent les terroristes et ce que représentait Afrin avant cette attaque : une région restée totalement à l’écart de la guerre. En réalité, l’autoritaire président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, ne veut à aucun prix laisser s’installer le long de sa frontière un Kurdistan indépendant.

  • “Un nettoyage ethnique”

“Ce qui se passe à Afrine est un nettoyage ethnique, et les grandes puissances restent spectatrices”, a insisté  un représentant du “Rojava”, qui contrôle une partie du nord et du nord-est de la Syrie repris depuis deux ans aux groupes jihadistes.

L’avancée des forces pro-turques à Afrine a entraîné ces derniers jours un exode massif de civils, faisant craindre un nouveau drame humanitaire dans un pays ravagé par une guerre qui a fait plus de 350.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés depuis 2011.Rien, du point de vue moral, ne justifie le traitement inhumain infligé aux populations kurdes de l’enclave d’Afrine.

Selon le journaliste et polémiste Eric Zemmour qui a souvent provoqué une vague d’indignations après des propos controversés sur les musulmans cette victoire d’Afrine est une belle revanche pour les Turcs qui avaient longtemps soutenu Daesh. “Où sont les meilleurs combattants anti-Daesh, que vantaient leurs alliés occidentaux ?”, rigole un haut dignitaire turc. Mais la question est mal posée : où sont les Occidentaux quand leurs alliés kurdes, qui ont combattu Daesh à leurs côtés, se font massacrer ?

Les Kurdes vivent la malédiction des petits, des sans-grade. Trop dispersés pour être forts. Trop peu unis pour compter. Parce qu’ils ont été fidèles à leurs alliés occidentaux, Vladimir Poutine les a jetés aux chiens turcs.

Surenchère ultra-nationaliste et irrédentiste tournée contre les Grecs

Récemment, Erdogan et ses rivaux de l’opposition nationaliste (MHP) ont opéré une incroyable surenchère de provocations et menaces en déclarant qu’il était temps d’occuper à nouveau et de turquifier les îles grecques de la Mer Egée, projet qui ne fait que poursuivre l’invasion de 37 % de Chypre en 1974 et l’élimination des communautés chrétiennes arméniennes-assyriennes puis greco-orthodoxes de l’actuel territoire turc.

Ce long processus d’éradication des peuples chrétiens de la région a été initié à l’ère moderne dès la fin du XIXème siècle avec le génocide des Arméniens et des Assyro-chaldéens (chrétiens de l’Empire ottomans) puis les massacres et expulsions de Grecs-Orthodoxes anatoliens entre les années 1920 et 1970 dont il ne reste que quelques centaines de descendants à Istanbul autour d’un Patriarcat orthodoxe universel dont le séminaire est d’ailleurs fermé (Halki) depuis les années 1970.

Fort de ces précédents, qui n’ont jamais été des motifs de repentance mais de fierté au sein des pouvoirs turcs successifs, le gouvernement d’Ankara se fait depuis quelques années (après les graves crises des années 1990) de plus en plus menaçant à l’intérieur même de la Grèce continentale, en tentant carrément d’instrumentaliser les communautés turco-musulmanes que les Grecs n’ont pas expulsées (à tort) dans les années 1920 lors des échanges réciproques de populations alors que les Turcs n’ont pas hésité à expulser les dernières grandes communautés grecques d’Anatolie, pourtant chez elles depuis des millénaires.

De l’eau dans le gaz

La crise a, en plus de ces raisons historiques et politiques, un motif économique. Entre Chypre et Syrie se trouvent de grands gisements gaziers off shore. La Grèce, l’Égypte et Chypre ont conclu un accord pour la mise en valeur de ce gisement. Or, la Turquie prétend qu’elle aurait un droit sur celui-ci, en prétextant de son occupation militaire illégale sur le nord de Chypre. Cette enclave est supposée être un état : la prétendue République turque de Chypre du Nord, entité mafieuse, reconnue par le seul Erdogan.

Face à l’agressivité de la marine turque, le porte-hélicoptère Mistral « Anouar el Sadate » et plusieurs autres bâtiments, dont des sous-marins, ont quitté leur base d’Alexandrie pour défendre le gisement gazier de Zohr. En Turquie, en Syrie, en Méditerranée, le pire est possible. Il est temps de stopper Erdogan!

Sources: Atlantico, Sputnik, Le Monde, le Figaro, le Temps, Wikipedia

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