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3 documentaires qui expliquent la situation actuelle en Turquie juste un an après le coup d’état de 15 Juillet 2016.


Samedi 15 Juillet 2017, la Turquie commémore les un an du coup d’État raté. Un anniversaire bien triste qui a sombré le pays dans le chaos. Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, plus de 260 personnes avaient perdu la vie dans des affrontements dignes d’un terrain de guerre. Le putsch avorté a provoqué une profonde crise politique et sociale dans le pays.

Accusant le prédicateur Fethullah Gülen (qui vit en exil aux États-Unis) d’être derrière le putsch, ce que nie l’intéressé, Ankara a lancé des purges d’une ampleur sans précédent contre ses partisans présumés: plus de 50.000 personnes ont été arrêtées, plus de 100.000 limogées par vagues successives.

  • Où va la Turquie ?

À la lumière des événements récents en Turquie, quelle position doit adopter l’Europe et quels sont les enjeux géopolitiques qui se profilent dans la région ?

En revenant sur les évolutions de ces dernières années, ce film documentaire offre une analyse géopolitique poussée d’une situation sans précédent. Après avoir joui des années durant d’un statut de partenaire privilégié des pays occidentaux et européens, la Turquie a vu sa situation politique évoluer de manière spectaculaire.

Sous le regard sidéré de l’Occident, le président Recep Tayyip Erdogan a mis en quelques années son pays sur la route de l’autocratie. Comment un président démocratiquement élu est-il parvenu à étendre peu à peu son emprise, à coup de répression et de propagande, jusqu’à se faire accorder les pleins pouvoirs par référendum populaire, suite à la tentative de putsch militaire qui a voulu l’ébranler ? Quelles seront les conséquences pour l’Europe et pour le monde de cette dérive autoritaire ?

La situation est délicate pour l’Union européenne, qui tout en prenant position, doit se garder de tourner le dos à Ankara, au risque de perdre un allié de taille et de voir le pays renforcer sa position anti-occidentale, sans parler des millions de réfugiés syriens que les pays membres redoutent de voir affluer.

L’infléchissement des relations internationales du pays, amplification des échanges commerciaux avec le Proche-Orient et l’Afrique du Nord, et engagement militaire accru dans la région, est la marque d’un retour à l’impérialisme inspiré de celui de l’Empire ottoman, vu comme un modèle de grandeur à restaurer.

  • Can Dundar Adieu a la Turquie

Le journaliste et documentariste turc d’opposition Can Dündar donne la parole à des intellectuels que les persécutions du régime ont, comme lui, contraints à l’exil.

En Turquie, il est devenu un symbole de la lutte pour la liberté de la presse et pour la démocratie. Emprisonné plusieurs mois par le régime et toujours poursuivi aujourd’hui pour ses écrits, le journaliste et documentariste turc Can Dündar s’est exilé en Europe,
comme une bonne partie des intellectuels de son pays.

“Ce n’est pas nous qui avons quitté la Turquie, c’est la Turquie qui nous a quittés”,
dit-il des élites cultivées, cibles de la persécution féroce du régime d’Erdogan.

Comment se faire à une nouvelle vie de déraciné, tout en continuant son combat,
dans un pays étranger ? Dans ce film documentaire qu’il codirige avec Katja Deiß, Can Dündar interroge 4 de ses compatriotes,que leurs prises de position ont contraints à un choix difficile entre la prison ou l’exil.

C’est notamment le cas de la scientifique Latife Akyüz,une figure de l’opposition, victime d’une campagne de lynchage orchestrée par les médias fidèles au régime. Face au maigre soutien de ses proches, elle s’élève contre un silence coupable qui profite au système. Des caméras cachées suivent également l’épouse de Musa Kart, caricaturiste au quotidien de centre gauche “Cumhuriyet,” jusque dans le parloir de la prison stambouliote de Silivri,
où celui-ci est incarcéré depuis des mois. Comme on le dit désormais en Turquie, aucun lieu du pays ne rassemble aujourd’hui autant de grands esprits que cette prison…

  • Turquie : un combat pour la democratie

Portraits d’un homme et de trois femmes de la société civile turque, qui ont participé en 2016 à la création de l'”unité de la démocratie”, un parlement indépendant comptant une centaine de membres. Nous les suivons dans leurs luttes quotidiennes pour la défense de la démocratie.

En 2013, à l’apogée des mouvements contestataires en Turquie, le réalisateur Imre Azem rencontre les futurs protagonistes de son film, quatre personnes issues de la société civile, qui se sont engagées contre le régime d’Erdogan et pour la protection de la démocratie dans leur pays. Ensemble, ils ont participé en 2016 à la création de l'”unité de la démocratie”, un parlement indépendant comptant une centaine de membres. Le réalisateur les a suivis une année durant dans leurs luttes quotidiennes, filmant leurs succès et leurs déconvenues. Le journaliste Fatih Polat continue à travailler coûte que coûte, malgré la menace qui pèse sur son journal, persistant à couvrir les événements survenant dans les régions kurdes ; l’ancienne professeure d’université Gül Köksal, renvoyée lors de la purge des “gülenistes”, tente de trouver une solution pour continuer à enseigner. La militante Deniz Özgür coordonne la campagne du “non” au référendum sur le point d’accorder les pleins pouvoirs au président Erdogan, tandis que l’architecte Mücella Yapici participe avec des milliers de ses concitoyennes aux grandes manifestations organisées à l’occasion de la Journée internationale des femmes.

Mêlant le cheminement des protagonistes aux images d’archives des quatre dernières années (mouvement du parc Gezi de 2013, tentative de putsch de 2016, discours du président Erdogan au lendemain de sa victoire électorale de 2017…), ce documentaire montre combien l’avenir de la Turquie, aujourd’hui indéchiffrable, se joue entre deux réalités, celle de la dictature et celle de la démocratie.

Crédit: http://www.arte.tv/fr/

Lisez/Autres sources:

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Turkey’s biggest markets
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Opinion: Dans les prisons turques la dignité humaine est “sauvée”!


Écrit par M. Costas Mavrides
Député Européen chypriote,( MEP ,S&D &DIKO),
Membre de la délégation auprès du comité parlementaire mixte UE-Turquie.

La Turquie d’Erdogan, en ne respectant pas les règles fondamentales de la démocratie,a  déployé un niveau inhabituel de brutalité à l’encontre de ses propres ressortissants. Cela s’avère vrai en regardant les reportages diffusés largement  dans d’autres pays comme la France ou l’Allemagne mais qui sont absents quand on en parle à Chypre avec nos correspondants en Turquie. Un bon exemple récent qui démontre ce fait est  la détention du président d’Amnistie internationale  en compagnie de 22 autres avocats.

Entre-temps, le système judiciaire turc a été transformé en un outil de répression par le régime qui s’acharne actuellement sur une femme :Mme Figen Yuksekdag  qui dirige conjointement le Parti démocratique des peuples (HDP) avec Selahattin Demirtas, principale formation pro-kurde du pays est actuellement détenue tout comme M. Demirtas en prison ainsi que 7 autres députés du parti. Le régime du neo-sultan par décret a annoncé la déchéance de son mandat d’élue de la Grande assemblée nationale de Turquie et éjectée de ses fonctions comme co-présidente et membre du HDP. Aujourd’hui , après huit mois de prison ferme avec des criminels (Kandıra, F Type Prison) un acte d’accusation a été dressé à son encontre et va comparaitre devant la 16e Cour criminelle d’Ankara le 4 juillet 2017 comme étant… le pire ennemi de la démocratie turque . Selahattin Demirtaş devra attendre jusqu’au 6 septembre pour comparaître devant ses juges.

L’acte d’accusation comporte des accusations comme diriger une organisation terroriste, de faire la propagande pour une organisation terroriste, d’avoir incité la population à la haine et l’hostilité, de l’avoir poussée au crime, incitée à violer la loi, à participer à des manifestations et à des réunions interdites. Son acte d’accusation comporte pas moins  de huit dossiers reposant sur ses discours prononcés en tant que dirigeante du HDP! Plus étonnant encore, elle est accusée pour incitation à la résistance contre le siège de troupes de l’Etat islamique à Kobané.

Le régime dans son obsession partiale et son aveuglement  révèle indirectement ce qui refuse obstinément depuis longtemps: qu’il  coopère avec les combattants djihadistes de l’Etat Islamique.

Erdogan et son  parti islamiste AKP, ont pris pour cible Mme Yuksekdag  vu qu’elle est premièrement une femme et deuxièmement une femme d’ origine turque (et non kurde). Un régime misogyne veut que la femme soit soumise aux ordres de l’homme dans la société civile, et rejette le pluralisme et l’égalité des sexes.  Mme Yüksekdağ en tant que femme turque est un bon exemple de ce pluralisme au sein du HDP dont le régime veut briser.

Un autre récent « exploit » du régime d’Erdogan, est l’interdiction de toute commémoration du massacre de Marash qui a eu lieu en Turquie en 1978  où les populations alévies et de gauche ont été la cible. Récemment, au Parlement Européen il y a eu lieu la première Conférence  Internationale au Parlement Européen consacrée au massacre de Marash pendant laquelle des informations sur des centaines de morts, y compris les nourrissons et les enfants ont été présentées toute comme des informations sur  la destruction des maisons et des magasins ou encore l’expulsion de milliers de personnes.

marash massacre turquie turkey european parliament costas mavrides
Crédit: @Facebook de Costas Mavrides

Ce crime organisé a été orchestré  par l’“État profond” en Turquie pour lequel personne n’a jusqu’à présent été puni  et le régime d’Erdogan essaie d’étouffer en interdisant toute manifestation. Comme j’ai souligné lors de la conférence, le nettoyage ethnique ou  religieux en Turquie sont des crimes impunis et en même temps un outil macabre dans les mains de cet “État profond” en Turquie qui existe aujourd’hui dans sa plus sale version sous le regime du “neo-sultan” Erdogan. En comparant l’invasion turque  à Chypre en 1974 et le massacre de Maras en 1978, j’ai pris note de la même politique de nettoyage ethnique et un macabre constat.  Dans les deux cas, des centaines de victimes assassinées et disparues ou ont été enterrés dans des fosses communes, mais les signes de ces atrocités ont délibérément été effacés par le régime turc tandis que leurs familles  attendent toujours de savoir  ce qui est arrivé aux êtres qui leur sont chers.

Dans ce combat pour l’humanité,  je crains qu’on soit tombés dans le silence de la part des représentants au sein de l’Union Européenne ou même encore à Chypre qui tandis qu’ils se mettent dans la position de défendre l’idée du progressisme ils sont gênés par la divulgation de ces infractions commises. Plusieurs hommes et femmes soit de gauche soit de droite dits “progressistes”, alors qu’ils maudissent Hitler (et ses crimes contre l’humanité) en criant “Le fascisme, plus jamais ça!”, restent muets face à ses crimes contre l’humanité. Ils sont en train de maudire Hitler mais en même temps ils inventent délibérément toujours des raisons de faire confiance à ce régime islamo-fasciste turc dirigé par M. Erdogan dans le cadre visant à trouver “une solution pacifique” à la question chypriote.

C’est le cas du journal “Politis” (chypriote-grec) qui a salué la victoire de M. Erdogan et en même temps au cabinet du Président chypriote on espérait que sa victoire au référendum sur le renforcement des pouvoirs du président turc en vue de se montrer plus conciliant autour du chapitre de négociations chapitre sur la sécurité et les garanties, dans les prisons turques une femme sauve la dignité de l’humanité et démasque l’hypocrisie.

Featured Image credit: @Costas Mavrides

*Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues d’Eyes of Europe and the Middle East . Traduit de sa version originale en grec avec l’accord du député.